A contre-courant


Le faiseur de chansons

 

Georges Brassens, à qui je voue une admiration sans borne, refusait le qualificatif de « poète » et lui préférait celui de « faiseur de chansons »

Alors, pourquoi est ce que je me présente également en tant que « faiseur de chansons » et non comme auteur-compositeur-interprète ?

Pour me rapprocher du Maître ? certes, non ! Ce serait pure vanité.

Plusieurs raisons à cela : tout d’abord, si je me considère bien comme un auteur, je ne suis en rien musicien ; certes, je crée des mélodies, mais c’est à l’oreille et non en puisant dans des connaissances musicales ; je n’entends rien au solfège et, je dois l’avouer à ma grande honte, je n’ai aucun goût pour la grammaire musicale.

C’est ce qui explique probablement les » bizarreries » qui jalonnent parfois mes mélodies et posent questions à mes deux complices, Marc Usclade à la guitare basse et Philippe Galland à la 2ème guitare.

Quant à l’interprétation, je m’y adonne mais un peu contraint et forcé, tant il est difficile pour moi de m’exposer face à un public.

 

Créer une chanson relève pour moi vraiment de l’artisanat ; comme l’ébéniste ou le ferronnier qui passe des heures à peaufiner son œuvre d’art, je reprends, retouche mon texte, jusque dans les moindres détails, afin de lui donner la forme et le fonds qui me conviennent en tous points, et tant pis s’il faut passer des semaines, voire des mois sur un couplet, comme cela m’arrive parfois.

L’artiste doit disparaître derrière le texte et le texte, pour me plaire, doit couler de source, sans donner  l’impression d’une quelconque recherche ou d’une construction artificielle.

Pour moi, créer une chanson sur un coin de table, en quelques minutes, n’est pas concevable.

 

Pourtant, on me fait remarquer que je ne raconte que des histoires simples, concrètes, facilement accessibles.

Cela peut, en effet, paraitre paradoxal, mais, croyez moi, plus l’histoire est simple, plus elle est difficile à coucher sur le papier quand on est animé, comme moi, par la passion des mots, des rimes et du rythme des phrases. Ecrire un texte qui donne la priorité au seul sens poétique ne me parait pas une tâche plus complexe, mais je me sens bien incapable de me lancer dans la poésie symbolique.

C’est vrai, mes chansons racontent des histoires, celle « d’un loup débonnaire », « d’un fou du roi », des suites « d’un certain soir de mai », d’un gamin amoureux de « sa maîtresse d’école »…. ; c’est une constante dans mon répertoire ; il m’est impossible de présenter des textes abstraits dont je serais seul détenteur de la clef d’accès.

J’ai besoin de visualiser un déroulement, un scénario, un film en créant une chanson et tant mieux si le public s’y retrouve et décèle parfois, au gré des textes, sinon des messages, du moins un sens plus ou moins caché.

Après tout, la vie n’est qu’une succession d’histoires dans lesquelles nous sommes acteurs ou observateurs.

 

A Contre-courant

 

Ce titre générique me colle parfaitement à la peau et à mon style de chansons.

Dans notre société marchande où la chanson est devenue un produit de consommation comme un autre, donc formatée, d’abord et avant tout pour être vendue au plus grand nombre, avec une marge bénéficiaire la plus large possible pour seulement quelques uns, je nage, pour ma part, à contre-courant.

 

Quand je crée une chanson, en prétentieux et égoïste que je suis, c’est d’abord pour moi que je le fais ; la seule chose qui compte est qu’elle me plaise par son sujet, sa construction, son rythme, sa mélodie.

A aucun moment, je modifie un texte ou je me censure pour plaire à un public potentiel.

Ainsi, si certaines de mes chansons sont particulièrement longues, c’est parce qu’au moment où je les ai écrites, j’avais envie de développer l’histoire, sans souci d’entrer dans un format commercial.

Ainsi, si j’ai mis parfois autant de temps à en présenter certaines autres au public  ( 22 ans pour « sa voix »), c’est parce que je les avais écrites uniquement pour moi ou pour un cercle restreint de proches.

Si certaines sont bien accueillies par le public, j’en suis heureux ; s’il en est, en revanche qui plaisent moins, je les retire de mon répertoire « public » sans pour autant les abandonner et continue à les chanter en privé.

 

A contre-courant aussi, certains des personnages, héros (heureux ou malheureux) de mes chansons :

« Le loup débonnaire » vit en marge de ses congénères,  « Le fou du roi », bossu, est un être à part à la cour du roi, « La maîtresse d’école » tranche avec les vieux maîtres vert de gris de l’époque, « Auguste », le clown, se doit d’être joyeux mais il est triste, « Dérangez pas l’artiste » qui plane au dessus du commun des mortels et ne parlons pas de « la putain pas ordinaire » qui exerce son métier dans les cimetières.

 

Et si, au final, ils étaient un peu le reflet de moi-même…..